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LA CUVE PERCHEE DE L'AUTREVILLE
Par Paul CLEMENT
SITUATION
- ACCES
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les photos]
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Ce monument antique est situé sur la commune
de Coursegoules, à deux kilomètres environ du
bourg, sur l'emplacement de l'ancien village
romain qui occupait jusqu'au troisième siècle
après J.C le sommet d'une des crêtes de faible
hauteur, parallèles à la montagne du Cheiron.
Le lieu a été choisi car il est abrité des vents
par des barres rocheuses plus élevées, mais
sa hauteur reste suffisante pour en assurer
la défense. Les couloirs et les passages accessibles
entre les falaises ont été murés et des ouvrages
défensifs sont encore visibles dans les pentes. |
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Le
premier habitat, non permanent, a du être un
castellaras ligure, puis le site a été occupé
par des habitants sédentaires romanisés. A la
fin de l'époque romaine, il a été délaissé pour
un emplacement plus accessible. A peu de distance
de là, le village de Coursegoules date du Moyen
âge, et ses habitants prirent l'habitude de
désigner l'ancien habitat sous le vocable de
"l'autre ville", nom qui lui est resté. Les
vallons situés au pied de l'ancienne implantation
sont propices aux cultures vivrières, et des
sources y coulent, même en été. Tout autour,
sur des centaines d'hectares, l'élevage d'ovins
et de caprins a du être intensif, car il ne
reste de bois touffus que dans le vallon du
Taillet menant à Saint Pons, où vivent de très
vieux frênes. Il est possible de reconstituer
le trajet de la voie romaine, la "Ventiana",
qui reliait Vence à l'Autreville. |
Celle
ci devait monter jusqu'au Plan des Noves, passer
prés de la carrière antique située au niveau
du col, pénétrer ensuite dans la combe "Moutonne"
située entre la colle des "Pouis" et le collet
de "Paster Noster", s'engager entre ce dernier
massif et le Point d' "Aréno" sur les pentes
duquel trois bornes milliaires sont encore en
place, puis enfin redescendre sur l'Autreville
par le vallon de la "Roubine". Du village romain,
la voie antique devait descendre vers le poste
romain du "Plouy" en longeant le canyon
du Taillet, situé au pied du massif du Prêt,
passer par Saint Pons et rejoindre Gréolières,
avant de se diriger vers Castellane et Digne.
De l' Autreville, il était possible de rejoindre
par un chemin qui traversait le bois de Caravagne,
une autre voie romaine qui, après les Courmettes,
longeait les hauteurs la vallée du Loup jusqu'au
bau Saint Jean, ou encore gagner la vallée du
Var. Le village de L'Autreville était donc un
carrefour routier important, peuplé à son apogée
par plus de 300 personnes. Les emplacements
de leurs habitations se distribuent sur un ovale
allongé, orienté est-ouest, de 200 mètres de
longueur sur 15 à 20 mètres de largeur. On découvre
la cuve à l'extrémité Ouest, après avoir suivi
le chemin de la ligne de crête.
Le bassin a été taillé dans une roche calcaire
isolée, sur l'un des points les plus élevés
de la ligne de crête. Un peu en contrebas, on
remarque des murs de pierres scellées par un
mortier antique, et des "fonds de cabane" sont
partout visibles sur les pentes et jusqu'au
sommet. La cuve n'était donc pas isolée, mais
bien située au centre d'un "quartier" de maisons.
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LA CUVE PERCHEE DE L'AUTREVILLE
Par Paul
CLEMENT
DESCRIPTION
| On peut avancer que la
cuve perchée de l'Autreville est un véritable"
monument " car le monolithe entier a été sculpté
avec un soin particulier. Du socle, présentant
des formes arrondies, jusqu'au sommet triangulaire
qui s'élève à plus de trois mètres de la base.
Les bords de la cuve elle même sont à un mètre
cinquante du sol. Une rigole y a été creusée,
permettant d'évacuer un trop plein de liquide.
Le bassin lui même a les dimensions suivantes
: un mètre 50 de long, un mètre de large et
30 centimètres de profondeur. Son volume est
d'environ un demi mètre cube. |
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| Un escalier, taillé dans
la masse, a été dégagé de la roche sur l'un
des cotés de la cuve. Constitué de quatre marches
de vingt centimètres de hauteur chacune, il
permet d'enjamber facilement le rebord et d'entrer
dans la cuve, dont la profondeur moyenne n'est
que de 30 cm. La partie du rocher surplombant
le bassin a été évidée pour dégager
verticalement toute la hauteur disponible, et
les bords supérieurs peuvent ainsi servir de
point d'appui. Sur la gauche du surplomb, des
encoches à fond plat ont été taillées dans la
roche, probablement pour pouvoir y déposer des
objets. |
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LA CUVE PERCHEE DE L'AUTREVILLE
Par Paul
CLEMENT
DESTINATION - UTILISATIOn
QUELLE
POUVAIT ETRE LA DESTINATION DE CETTE CUVE? |
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Elle a été
conçue pour contenir un liquide - et l'évacuer
- puisqu'il existe une bonde, mais son volume
intérieur ne permet pas cependant d'en stocker
de grandes quantités : la faible profondeur
du bassin montre qu'il ne peut s'agir d'une
réserve d'eau potable. Il serait en effet peu
pratique et délicat d'y plonger des cruches
ou des amphores afin de les remplir. En dehors
même du fait que les réservoirs d'eau sont généralement
plus profonds, ils sont rarement édifiés en
hauteur, exposés au soleil, et donc soumis à
l'évaporation. Ils sont conçus par ailleurs
pour recueillir les eaux pluviales, ce qui n'est
pas le cas ici. |
| Prenant
en considération la facilité d'accès au bassin,
fournie par l'escalier, deux hypothèses peuvent
être envisagées : |
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L'HYPOTHESE
D'UN CULTE LIE A L'EAU : il pourrait
s'agir d'une sorte de baptistère où un enfant
ou un adulte aurait pu être plongé, dans une
eau ayant un caractère sacré. Ou encore un corps
défunt y être immergé, si les dimensions de
la cuve n'étaient par trop restreintes pour
pouvoir l'allonger totalement. Or on sait que
dans l'Antiquité, les cultes liés à l'eau exigeaient
l'immersion totale et complète des corps. L'hypothèse
d'un baptistère est donc peu probable, mais
ne peut être complètement écartée. |
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L'HYPOTHESE
D'UN FOULOIR est la plus plausible
: les dimensions de la cuve autorisent deux
ou trois personnes à se tenir debout à l'intérieur,
et à s'agripper au besoin des deux mains aux
bords surélevés. Le fond du bassin a été soigneusement
aplani. Une vue de dessus montre avec évidence
qu'il s'agit d'un espace de travail, avec des
zones aménagées. |
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La réelle
utilité de cette cuve est sans doute donnée
par la rigole creusée sur le rebord le moins
élevé, qui a pour fonction de recueillir le
trop plein de liquide et le rediriger vers l'intérieur
du bassin. Ce liquide était donc suffisamment
précieux pour que l'on n'en perde pas une goutte.
Il ne s'agissait donc pas d'un bain de rouissage
d'une fibre textile ou d'un bain de teinture,
comme aurait pu le laisser supposer le poids
de tisserand trouvé à proximité. Ce produit
si précieux devait être probablement du jus
de raisin, qui était susceptible de déborder
lors de l'écrasement des grappes, quand le niveau
du liquide approchait du bord. Les grappes devaient
être vendangées sur les terrasses ensoleillées
proches et placées dans des hottes qui étaient
ensuite appuyées sur le rebord de la cuve, avant
d'être basculées. |
| La
hauteur du bassin du côté le plus accessible
n'est que d'un mètre cinquante et permettait
un approvisionnement aisé du bassin, mais aussi
son nettoyage. Une encoche située sous la bonde
permettait d'y caler un système de bouchage.
La cuve de l'Autreville paraît donc être un
fouloir à raisins. |
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Même
si la vigne n'est plus présente dans cette contrée
à l'époque moderne, elle a du être cultivée
autrefois, sur les versants des collines exposés
au sud. Les populations romanisées appréciaient
le vin et il est donc tout à fait possible que
la cuve de l' Autreville ait servi à son élaboration.
Une inscription est encore visible sur l'une
des marches. Célèbre-t-elle le culte du précieux
breuvage ? |
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