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LE POIDS DU TISSERAND
Par Paul CLEMENT

A quel usage était destiné cet objet de terre cuite percé d’un trou, trouvé à l’air libre sur un monticule d’épierrage des environs de Coursegoules ?
Pourrait-il s’agir :

  • d’un lest de fil « à plomb » d’un maçon ?
  • d’un poids de filet de pêcheur ?
  • d’un poids de balance ?
  • d’un système d’entrave d’animal domestique ?

Il s’agit en fait d’un peson de tisserand, c’est à dire d’un poids de métier à tisser antique.

Dégradé par deux millénaires d’exposition aux intempéries, il a pourtant conservé sa forme de pyramide tronquée et il témoigne d’une activité humaine d’une importance capitale pour le bien-être et le confort des hommes : le tissage de la laine de mouton, pour en faire des couvertures ou des vêtements.

Placé au bas d’un métier à tisser à coté d’une série de poids identiques, ce peson servait à tendre des fils de laine disposés en faisceaux. Ses dimensions (11 cm x 6 cm x 6 cm) et son poids (450 grammes) sont exceptionnels par comparaison avec les objets de même nature, mais de dimensions plus réduites, exposés dans les musées archéologiques. Les fils que tendait autrefois ce peson devaient être particulièrement épais et constituer probablement la chaîne d’une couverture de laine ou peut être d’un tapis.

Durant toute la période antique, des fermiers-éleveurs ont fait paître leurs moutons autour du village de pierres sèches de l’Autreville. Après la tonte, la laine des ovins était lavée pour la débarrasser du suint. Elle était ensuite placée sur la partie haute d’une quenouille et le fil était fabriqué en tordant la laine avec les doigts. Pour aider à sa torsion et à sa fabrication en continu, ce fil s’enroulait au fur et à mesure sur un fuseau de bois lesté d’une rondelle de terre cuite, la fusaïole, petit disque de pierre ou de terre cuite jouant le rôle d’un volant d’inertie. La fileuse lançait régulièrement le fuseau comme on lance une toupie, sans lui faire toucher le sol toutefois. Lorsqu’une certaine quantité de fil était obtenue, celle ci était transférée du fuseau sur une canette.

Métier à tisser antique
©2005 Tous droits réservés
Dessin réalisé par Thierry MARCHAND sur une idée de Paul CLEMENT
Le métier à tisser antique était conçu de façon à permettre à la femme chargée du tissage de soulever alternativement les fils pairs et impairs de la chaîne, parfaitement tendus grâce aux poids de terre cuite qui les lestaient. Pour cela, elle dégageait la barre de bois transversale après chaque passage de la navette sur la trame.
Les faisceaux de fils qui étaient à l’arrière passaient devant par la simple action de la pesanteur et les fils qui étaient devant étaient repoussés à l’arrière au moyen de la barre de bois, déplacée par l’artisan dans un sens, puis dans l’autre. Après chaque mouvement de va-et-vient, la tisseuse ou le tisserand lançait énergiquement la navette dans le sens de la trame. Cette navette contenait dans un berceau situé en son centre l’une des canettes préparées par la fileuse, dont le fil se dévidait lors du lancer. Ce fil qui cheminait en travers du tissage constituait la trame de la pièce tissée. Il était serré et tassé sur les fils précédents à l’aide d’un peigne de bois ou d’os.
On comprend ainsi l’importance des pesons, permettant aux fils de rester tendus. Ces pièces étaient obtenues en plaçant un mélange de terre argileuse dans un moule allant au four. On obtenait ainsi après cuisson des poids de gabarit identique. La rangée de pesons devait en effet être parfaitement homogène pour assurer la même tension de tous les faisceaux de fils et par là même, la régularité et la solidité du tissage. Selon le tissage souhaité, et la matière employée, on pouvait aisément les remplacer par une autre série de poids appropriés
Des vies entières de labeur et des générations de petites mains se profilent derrière ce simple poids de tisserand retrouvé sur les lieux mêmes où s’opérait le tissage. Il évoque une technique ancestrale, aujourd’hui disparue d’Europe, mais qui perdure encore en de rares endroits.

Les pesons de terre cuite ne sont par contre plus utilisés nulle part depuis bientôt 2000 ans.
Mais leur danse rythmée est peut être bien encore inscrite dans l’inconscient collectif. Les mouvements des pesons d’argile pendus à leurs fils, avançant et reculant comme des soldats à la parade, ont dû en effet captiver durant l’Antiquité tous ceux, enfants comme adultes, qui avaient l’occasion d’observer les tisserands au travail.

D’ailleurs ces mouvements saccadés du passé ne vous reviennent-ils pas un peu en mémoire maintenant ? Transmis inconsciemment par vos parents, vos arrières-arrières grand-parents et les lointains ancêtres dont vous êtes issus ?

 

 

Courrier

     
 

 

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